Il est particulièrement savoureux et exaltant, en cette année où nous célébrons le centenaire du surréalisme, de présenter aux enchères l’atelier du peintre de l’imaginaire débridé Georges Spiro.
Le parcours de la jeunesse de Georges Spiro est aussi riche que chaotique. Né à Varsovie, en Pologne, le 10 août 1909, la séparation précoce de ses parents le contraint à suivre son éducation chez un oncle fortuné, à Vienne en Autriche. Précocement doué pour le dessin, et doté d’un caractère facétieux et libertaire (il se moquait avec délectation des élans du teutonisme germanique), il intègre finalement la Kunstgewerbeschule, une académie des Arts et métiers, au sein de laquelle enseigne Oskar Kokoschka, pour devenir architecte décorateur. Titulaire d’un titre de maître-artisan en menuiserie, les revers de fortune de son oncle lui imposent, dès 1927, de gagner sa vie en changeant régulièrement de profession. C’est finalement dans le journalisme et l’écriture que sa personnalité virevoltante va s’épanouir. Il crée une revue, Das Silberboot [La Barque argentée] dans l’esprit des idéaux avant-gardistes littéraires et poétiques de l’époque.
Mais les drames que commencent à vivre une Europe sur le point de se déchirer le rattrapent et mettent fin à cette idylle autrichienne. Arrêté par la Gestapo en 1938, au début de l’Anschluss, il parvient à fuir clandestinement vers la France, s’installe avec son épouse et sa mère à Besançon et s’enrôle dans l’Armée française. Démobilisé, il mène une vie errante à travers l’hexagone exerçant mille et un métiers, en ayant une appétence particulière pour la fabrication de jouets en bois. Arrivé à Nice en 1942, il poursuit son activité ouvrière tout en s’adonnant au dessin à ses moments libres. Engagé dans la Résistance, l’armistice le laisse exsangue, ses proches ayant disparus dans le conflit.
C’est dans l’immédiat après-guerre que naît vraiment le peintre Georges Spiro. Servis par un dessin précis, un rendu étonnamment lisse et un métier méticuleux, ses premiers tableaux, ouvrant sur un ailleurs nécessaire, remportent rapidement un grand succès. Recevant de nombreux prix dès 1948, dont le prix Drouant-David et un accueil très favorable de la critique, Spiro connaît très rapidement un grand succès tant en France qu’à l’international, ses toiles s’exposent dans toute l’Europe (Angleterre, Suisse, Suède…) et aux États-Unis.
Figure incontournable de la Côte d’Azur durant plus de quarante ans, Georges Spiro est encensé sur ses terres d’adoption. Dior de la Souchère, conservateur du Musée Grimaldi à Antibes, lui achète un tableau. L’immense Jean Cocteau, à qui nous devons la formule : « Le réalisme irréel, voilà ton style », lui voue son amitié et sa considération et lui offre quelques merveilleuses lignes : « Il me semble que tu peins par glacis. C’est-à-dire que tu superposes des glaces et que dans la dernière, on te voit. Car un peintre fait toujours son portrait quoi qu’il peigne et lorsque la main délivre son âme. Tes paysages sont la copie exacte de ton imagination ».
Alors surréaliste, Georges Spiro ? La question mérite d’être posée, car notre peintre ne sollicite guère le rêve, préférant le créer de toutes pièces, on pourrait alors le considérer comme un visionnaire, un chantre de la fantaisie, unissant dans son arche créative les maîtres du passé, d’Arcimboldo à Jérôme Bosch en passant par Pieter Brueghel l’Ancien et ses contemporains, Yves Tanguy, René Magritte, Paul Delvaux sans omettre l’incontournable Salvador Dali.
Peut-être aussi doit-on se souvenir des influences viennoises, du réalisme fantastique de l’École de Vienne et puis aussi de son apprentissage d’architecte. La géométrie et les perspectives de ses compositions nous projettent dans de bien étranges villes improbables aux contours époustouflants souvent emprunts de science-fiction. N’oublions pas non plus la sensualité exquise de son œuvre, admirablement servi par des couleurs chatoyantes et un érotisme subtil et omniprésent qui se glisse évidemment dans les corps, mais aussi dans les végétations luxuriantes et la moindre forme abstraite.
Georges Spiro est l’artiste d’une peinture illuminée, habitée, convoquant l’humour et parfois la gravité, qui nous semble parfaitement cadrer à la définition donnée par le sublime géniteur de la peinture métaphysique, Giorgio De Chirico : « Pour qu’une œuvre d’art soit vraiment immortelle, il faut qu’elle sorte complètement des limites de l’humain : le bon sens et la logique y feront défaut. De cette façon, elle s’approchera du rêve et de la réalité enfantine ».
Georges Spiro est donc bien immortel.
Damien Voutay
| | LOT n°52
Georges SPIRO (1909-1999) Grand paysage Huile sur toile, signée en bas à droite et titrée au dos H. 54 cm - L. 65 cm Frottements
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| | LOT n°74
Georges SPIRO (1909-1999) Grand paysage Huile sur toile, signée en bas à droite et titrée au dos H. 54 cm - L. 65 cm
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| | LOT n°29
Georges SPIRO (1909-1999) Le monde des Surréalistes (I) Huile sur toile, signée en bas à droite, titrée en haut au centre et désignée des noms des peintres ayant servi de références (Max Ernst, Yves Tanguy,…
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| | LOT n°9
Georges SPIRO (1909-1999) Sans titre [Eve noire], 1952 Huile sur toile, signée et datée en bas à gauche H. 54 cm - L. 65 cm
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| | LOT n°13
Georges SPIRO (1909-1999) Paysage, 1960 Huile sur toile, signée et datée en bas vers la droite, contresignée et titrée au dos H. 113,5 cm - L. 146 cm (Légères craquelures dans la partie supérieure et…
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INFORMATIONS SUR LA VENTEVENTES D'ATELIERS : GEORGES SPIRO (1909-1999) - DAVID LAN-BAR (XXe SIECLE)Mardi 17 septembre 2024 - 14h30
Exposition publique : Lundi 16 septembre de 14h à 18h
Mardi 17 septembre de 9h à 12h
Responsable de la vente : Rebecca CHARON
Renseignements :lyon@debaecque.fr
| | VENTES D'ATELIERS : GEORGES SPIRO (1909 - 1999) - DAVID LAMBAR (XXe SIECLE)
mardi 17 septembre 2024 14:30
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