PAUL STRAND, LA COLLECTION DES AMIS D'ORGEVAL ET À DIVERS Lundi 16 novembre 2026 - Paris
Cinquante ans après la disparition de Paul Strand, DE BAECQUE & Associés présente aux enchères un ensemble inédit de l’artiste, réunissant près de 150 tirages photographiques et 80 héliogravures.
Demeurée jusqu’alors dans l’intimité d’une famille d’Orgeval, amie des Strand, cette collection retrace plus de soixante années de création de l’un des grands maîtres de la photographie du XXe siècle, des recherches fondatrices du modernisme américain aux portraits de communautés réalisés à travers le monde, jusqu’aux photographies du jardin de sa maison des Yvelines.
Né à New York le 16 octobre 1890 et mort à Orgeval le 31 mars 1976, Paul Strand a consacré plusieurs décennies à renouveler le langage photographique, conjuguant exigence formelle, attention aux êtres et conscience aiguë des réalités sociales.
Une provenance singulière : dans l'intimité de Paul et Hazel Strand En 1955, Paul Strand et son épouse Hazel, née Kingsbury (1907–1982), s’installent à Orgeval, dans les Yvelines, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Paris, où ils demeureront jusqu’à la mort du photographe. C’est dans ce cadre que se nouent des liens étroits avec la famille L., dont les membres assurent une présence quotidienne auprès du couple : Hélène comme employée de maison, Raymond comme jardinier. Ils rendent de nombreux services, veillent sur la maison et conduisent les Strand à Paris ou aux aéroports pour leurs voyages.
À la mort de son mari, après le passage de la Fondation Aperture, c’est tout naturellement qu’Hazel se tourne vers ses amis pour l’aider à vider la maison de ses derniers souvenirs, avant son retour définitif aux États-Unis.
Conservées par cette famille, les œuvres réunies dans cette collection témoignent d’une œuvre singulière, au plus près du photographe et de son travail et de son parcours.
Aux origines d'un regard moderne Originaire de New York, c’est en 1904, que Paul Strand rejoint l’Ethical Culture School, où il rencontrera Lewis Hine. Celui-ci lui enseigne la technique photographique et lui transmet une pensée humaniste centrée sur la valeur morale de l’image. Par son intermédiaire, Strand rencontre peu après Alfred Stieglitz qui, dans l’esprit de la revue Camera Work, l’initie aux recherches esthétiques contemporaines.
Dès les années 1910, Strand développe un langage d’une grande rigueur, fondé sur la précision du cadrage, la géométrie des formes et l’attention portée aux qualités propres du médium. Son œuvre se construit dès lors autour de cette dualité entre engagement social et renouveau formel. Illustrée en 1916 avec, The Blind Woman qui inscrit définitivement Paul Strand parmi les plus grands formalistes, adepte d’une photographie directe ou immédiate.
Après la Première Guerre mondiale, Strand travaille dans la publicité et s’intéresse au cinéma. Il réalisera en 1921 avec le peintre Charles Sheeler, Manhatta qui compte parmi les films pionniers de l’avant-garde américaine.
Entre 1925 et 1930, Paul Strand poursuit ses recherches photographiques à travers les États-Unis et le Canada. Avec Torso (Rebecca), réalisé à Taos, au Nouveau-Mexique, en 1930, il explore la représentation du corps par un cadrage qui privilégie les lignes, les volumes et les rapports entre les formes. Le corps de Rebecca devient ainsi le sujet d’une recherche plastique, dans laquelle la composition et la simplification formelle occupent une place centrale.
Réalisé dans le Colorado en 1931, Ghost Town prolonge cette attention à la construction de l’image, mais l’applique à un tout autre sujet. Strand y porte son regard sur un environnement bâti, dont les formes et l’organisation spatiale deviennent les éléments essentiels de la composition.
Blind Woman, New York, États-Unis, 1916
City Hall, Ghost Town, Colorado, États-Unis, 1931
Le portrait des lieux et des communautés L’attrait de Strand pour la nature se double rapidement d’une fascination pour les gens ordinaires, nourrie par sa pensée marxiste et sa conception du rôle social de l’artiste. En 1932, il devient directeur de la photographie auprès du ministère de l’Éducation mexicain.
À son retour aux États-Unis, au milieu des années 1940, il conçoit avec Nancy Newhall Time in New England, son premier livre, publié en 1950. Juxtaposant photographies et textes historiques, alternant gros plans et panoramas, l’ouvrage crée une dynamique proche du montage cinématographique. Il associe nature et figures humaines et propose une lecture politique de la Nouvelle-Angleterre, envisagée comme une terre de traditions et d’intégration.
Au début des années 1950, contraint par la montée du maccarthysme aux États-Unis, Strand s’exile en Europe avant de s’installer en France avec Hazel en 1950. Il cherche à saisir la mémoire des communautés rurales, attentif aux signes qui confèrent à chaque lieu son caractère propre et façonnent le visage de ses habitants.
En 1952, il réalise avec l’écrivain Claude Roy La France de profil, portrait d’un monde rural encore peu représenté dans la photographie de l’époque. Ce voyage rend hommage à un pays qui le fascine par sa diversité et ses traditions, à travers un dialogue entre paysages, objets et portraits. Les images composent ainsi une vision de la France éloignée des représentations conventionnelle.
Le portrait des communautés, sujet privilégié de Paul Strand, trouve une expression majeure à Luzzara, village natal du réalisateur et scénariste néoréaliste italien Cesare Zavattini, qui lui fait découvrir ce lieu sur les rives du Pô.
De leur rencontre naît Un Paese, publié en 1955, œuvre majeure de la photographie documentaire dans laquelle Strand compose le portrait d’une communauté à travers ses habitants, leurs gestes et leur environnement. Réalisé à Luzzara en 1953, Place to Meet figure dans l’ouvrage, à la page 35.
Une œuvre ouverte sur le monde Toujours accompagné de Hazel, Strand poursuit ses voyages : en Égypte en 1959, en Roumanie en 1960 et 1967, au Maroc en 1962, puis au Ghana, à l’invitation du président Kwame Nkrumah, en 1963–1964. Il se rend également en Suède, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et en Espagne. Plusieurs livres naissent de ces voyages, parmi lesquels Tîr a’Mhurain, Outer Hebrides en 1962, Living Egypt en 1969 et Ghana: An African Portrait en 1976.
À chaque étape, Strand s’attache à la singularité des lieux et à la dignité de ceux qu’il photographie. Son regard ne cherche ni l’exotisme ni l’anecdote, il met en relation les individus, les structures sociales, les paysages et les signes visibles d’une culture.
Réalisée en 1963, Jungle near Ochiso, au Ghana, témoigne de cette attention au monde naturel. Avec Façades, photographié à Valdeolmos, en Espagne, en 1970, Strand revient à l’architecture comme révélateur du caractère d’un lieu. Réduite à ses lignes et à ses rapports de masses, la façade devient une composition autonome tout en restant ancrée dans un lieu précis, témoignant de la continuité de ses recherches formelles jusqu’aux dernières années de sa vie.
Jungle near Ochiso, Ghana, 1963
Orgeval : le monde à sa porte À la fin des années 1960, la santé de Strand se fragilise l’empêchant de poursuivre ses voyages. Le photographe tourne alors son attention vers le jardin visible depuis sa maison d’Orgeval. Loin de constituer un retrait, cette série renouvelle son regard : feuilles, fleurs, branches, pierres et variations saisonnières deviennent le terrain d’une observation aussi concentrée que celle qu’il avait consacrée aux villes et aux communautés du monde entier.
Dans Leaf, The Garden, photographié à Orgeval en 1973, cette attention atteint une remarquable intensité.
La collection présente de nombreuses autres images de cette période, dont Rock Garden; Vigne Vierge; Bees and Squash Blossom; Om pleureur; Leaf; Cascades of flowers; The Garden. Leur diversité révèle une vitalité intacte, Strand observe les formes naturelles avec la même exigence de composition et la même disponibilité au réel qui nourrissaient ses premières recherches modernistes. La fragilité du vivant, les transformations de la lumière et les détails les plus modestes deviennent les sujets d’une œuvre qui continue de s’inventer jusqu’au bout.
Leaf, The Garden, Orgeval, Yvelines, France, 1973
Des œuvres, une histoire, une mémoire La collection des amis d’Orgeval offre plusieurs lectures complémentaires de l’œuvre de Paul Strand. Elle retrace le parcours d’un photographe qui a profondément marqué l’histoire du médium, depuis les recherches modernistes des premières décennies du XXe siècle jusqu’aux portraits de communautés réalisés en Europe et en Afrique, pour s’achever sur les images du jardin de ses dernières années.
La diversité des œuvres s’accompagne d’une histoire précieuse : signatures, annotations, inscriptions au revers et références bibliographiques ou muséales éclairent leur parcours. Leur conservation au sein de l’entourage privé du photographe confère à cet ensemble une singularité supplémentaire.
INFORMATIONS SUR LA VENTE Paul Strand, la collection des amis d'Orgeval et à divers Lundi 16 novembre 2026 - 16h
Exposition publique : Vendredi 13 novembre de 9h à 12h et de 14h à 18h Samedi 14 novembre de 9h à 12h et de 14h à 18h Lundi 16 novembre de 9h à 13h
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