Lot n° 52
Estimation :
30000 - 40000
EUR
Result without fees
Result
: 33 000EUR
CHANG Shuong (1904-1994) - Lot 52
CHANG Shuong (1904-1994)
Paysage d'hiver (Les Gets?), 1929
Huile sur toile, signée et datée en bas à droite
H. 38 cm - L. 38 cm
Ce lot est soumis à enregistrement préalable avec dépôt de caution, merci de contacter l'étude: lyon@debaecque.fr
Chang Shuong est un peintre chinois, né le 6 avril 1904 à Hangzou dans la province du Zhejiang.
En Chine, il effectue des études à l'École Industrielle de sa province se spécialisant dans le domaine du tissage.
Arrivé à Lyon en 1927, il est accueilli au sein de l'Institut franco-chinois et entreprend un double cursus, à l'École de Tissage pour approcher les arts décoratifs dans le dessein d'apporter une modernité en Chine et à l'École des Beaux-Arts.
Dès 1931 il se consacre exclusivement à la peinture et se voit autorisé à intégrer l'École des Beaux-Arts de Paris au sein de l'atelier Paul-Albert Laurens en 1932.
Très tôt considéré comme le plus talentueux des peintres chinois venus étudier en France dans l'entre-deux-guerres et pleinement conscient de ses qualités, il parvient à organiser une importante exposition rétrospective de son oeuvre à la galerie C.T. Loo, à Paris en 1935
Mariée à la sculptrice Chen Zhixiu (1908-1979), également étudiante aux Beaux-Arts, le couple a une petite fille, Shana, née à Lyon en 1931 et ainsi prénommée en hommage à la rivière Saône.
Son succès en France est notable et particulièrement à Lyon, où le peintre expose très régulièrement au Salon de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts, présentant quatorze tableaux entre 1932 et 1936.
C'est lors de cette manifestation que l'État fera deux acquisitions pour le Musée des Beaux-Arts de Lyon, l'Étude d'une femme nue couchée du salon de 1934 [Inv. 1935-60], puis Malade fiévreuse de celui de 1935 [Inv 1935-34].
Chang Shuong décide de rentrer en Chine en 1936 et se passionne alors pour l'étude et la préservation des grottes de Dunhuang, haut Lieu de la culture bouddhiste ancestrale, fonction qu'il exercera durant tout l'après-guerre, décédant en 1994, peu après la publications de ses mémoires, intitulées Cinquante ans à Dunhuang.
Notre tableau réapparu fortuitement à Lyon, est à ce jour la plus ancienne oeuvre connue du peintre, âgé de vingt-cinq ans au moment de sa réalisation, en 1929
La consultation des riches archives de l'Institut franco-chinois, conservées à la Bibliothèque Municipale de Lyon et contenant de très nombreux courriers signés par le peintre, a d'abord permis d'établir un comparatif extrêmement précis de la très belle signature calligraphiée de notre tableau et de l'authentifier sans réserve.
La découverte de la plaquette de l'exposition de la Galerie C.T. Loo à Paris, du 1er au 15 décembre au 1935, sur laquelle le nom du peintre est encore orthographié Dzang Su-Hong, nous donne les titres des cinquante-cinq tableaux alors présentés, répartis chronologiquement.
Pour la période 1929-1931, dix oeuvres sont mentionnées, parmi lesquelles se trouve très probablement la nôtre, cachée derrière une de ses appellations : Aux Gets (Haute-Savoie), Après la Pluie, Sainte-Foy (région lyonnaise) ou une des trois Pochades.
Cette délicieuse toile au très remarquable format carré, retranscrit avec une grande délicatesse l'émotion ressentie devant un paysage de campagne au temps changeant, parfaite synthèse d'une grande maturité, réunissant un subtil postimpressionnisme très français et un sentiment d'une sérénité lyrique toute en retenue, bien dans la tradition chinoise, magnifié par la frêle et vivante silhouette des arbres et le chaos des nuages mouvants.
Témoignage aussi rare que précieux, ce tableau éclaire les liens artistiques rayonnant que Lyon a pu tisser et célèbre la rencontre de deux civilisations, dans une précocité appelée à de merveilleuses réussites dans les décennies de l'après-guerre, autour notamment des figures de Zao Wou-Ki ou de Chu Teh-Chun.
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