Crochet Korewori Papouasie Nouvelle-Guinée...

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Crochet Korewori Papouasie Nouvelle-Guinée...

Crochet Korewori
Papouasie Nouvelle-Guinée
H. 158 cm

Provenance
Pierre Robin,Paris
Sculpture en bois raviné Korewori figurant un personnage anthropomorphe hautement stylisé. Sous un front bombé, le visage concave est émacié. La cage thoracique est représentée par une succession de crochets, aujourd'hui en partie disparue. Oeuvre d'une grande ancienneté et bénéficiant d'une très belle intériorité.
Accidents et manques visibles.
Malagan et Kipong en Nouvelle-Irlande «Je suis fou des arts de Nouvelle-Irlande», Karl von Linden, fondateur du Musée Linden de Stuttgart en 1908.
La Nouvelle-Irlande
Au coeur de l'archipel Bismarck, la Nouvelle-Irlande est une île d'origine volcanique s'étendant sur 340 km avec une largeur variant entre 10 et 50 km. Le Nord est composé de terrasses calcaires d'anciens récifs coralliens, se fondant ensuite dans une chaîne de collines au relief accidenté. Au centre de l'île trône le plateau Lelet à plus de 1000 m d'altitude, face à l'archipel des iles Tabar. Les villages qui étaient autrefois localisés sur les flancs des collines karstiques ont été déplacés sur la côte.
Le plateau du centre de l'ile rencontre le massif d'origine volcanique du sud en un isthme étroit d'environ 10 km. Le
Sud de l'île, d'origine volcanique est très accidenté et pratiquement impénétrable. A la fin du XIXe, on estime qu'environ cent mille personnes vivaient sur l'île et ses archipels, partagés en vingt zones linguistiques. Il existait par contre une culture commune aux habitants du Nord de la Nouvelle-Irlande. Leur vie rituelle et l'organisation sociale de leurs clans étaient rythmées par de longues et complexes cérémonies funéraires que l'on appelle Malagan. Ces pratiques très codifiées et structurées pouvaient être complétées par d'autres rites et danses, dont les plus importants étant connus sous le nom de Kipong. Dans le cadre des institutions Malagan et Kipong, une extraordinaire diversité de statues, objets et masques avec des fonctions bien spécifiques étaient créés, parfois pour une seule utilisation de quelques minutes. On soulignera aussi qu'au coeur de ces institutions, il existait aussi des spécificités locales, partagées parfois uniquement par quelques clans ou villages.
Les Malagan, des sculptures suivant un strict système de patente
Dans leur usage traditionnel, les sculptures Malagan n'ont un sens que par leur appartenance à un individu, à travers leur processus de création, lors de leur présentation et activation grâce des invocations durant une cérémonie funéraire que l'on appelle aussi
Malagan. A l'exception des Uli du centre de la Nouvelle-Irlande, les Malagan ne sont utilisés qu'une seule fois, parfois conservés dans la maison des hommes, parfois brûlés ou laissés pourrir avec les cadavres dans des grottes. Les statues suivent une codification et des règles de confection très précises et strictes dans le cadre d'un système de «copyright». Lors de son séjour à Tabar dans la période 1982-1984, Michael Gunn a répertorié vingt et une sous-traditions Malagan se déclinant en près de quatre cent types. Les plus importantes sont connues sous les noms de mendis, lunet, valik, kulepmu, vuvil, verim, tangala et malaganchak. Elles avaient déjà été observées par Edgar Walden durant la Deutsche Marine-Expedition (1907-1909). A chaque sous-tradition sont associés des masques, des sculptures, des chants spécifiques et des incantations pour les «activer» lors de la cérémonie où ils sont présentés.
La quasi-totalité des sculptures et des masques Malagan sont réalisés dans un bois tendre, de la famille du tilleul, l'alstonia scholaris. Un propriétaire de droit Malagan sur une sculpture décide de la faire réaliser pour une cérémonie. C'est un moyen de témoigner amour et respect pour le défunt et son clan, mais cela permet aussi d'asseoir son autorité et d'assurer son prestige au sein de la communauté. Cet homme avait reçu ce Malagan des années auparavant, sans doute à l'époque où il n'était encore qu'un enfant, transmis par son oncle maternel. Il a gardé en mémoire l'image de l'objet et son nom. C'est par l'interaction entre le sculpteur et le propriétaire des droits qu'ils vont décider de l'oeuvre devant être réalisée, respectant les canons artistiques de la patente possédée. Au sein d'une tradition et d'un type, certaines portions de la sculpture sont très strictement contrôlées comme le nombre de figures, la forme de la tête, la présence d'un oiseau drongo, d'un coq, d'un calao (oiseau au long bec courbe surmonté d'un casque creux), d'un poisson volant ou d'une tête de porc.
D'autres zones, comme les ornements des bras et des jambes, sont livrées au choix de l'artiste. Ainsi, il est possible de décliner à l'infini ces objets, et on n'en compte pas deux identiques, même parmi les plus de quatre mille conservés dans les réserves du musée Ethnographique de Berlin, collectés avant 1914! Une fois l'accord obtenu sur le Malagan devant être créé et les premiers paiements effectués, un arbre est choisi, puis il est abattu, le bois est laissé reposer dans la forêt.
Quelques temps plus tard, une procession ramènera le tronc à l'atelier du sculpteur, situé non loin d'un cimetière. Le trajet se fera au son du chant associé au Malagan devant être réalisé. Le tronc est évidé avec des herminettes, pour dégager des figures humaines, des oiseaux, des poissons, des porcs ou des figures géométriques.
Une fois le travail de sculpture achevé, le bois est laissé au repos quelques semaines.
Puis des yeux réalisés grâce l'opercule d'un escargot de mer, le turbo petholatus, sont apposés. A l'aube, la sculpture est immergée dans l'eau de mer et lavée, puis une première couche de blanc est apposée, de la chaux mélangée au jus de l'arbre à pain. Les autres couleurs seront appliquées par la suite sur cette base blanche. Autrefois, pour chaque étape de la préparation de la sculpture, des paiements étaient réalisés, et des hommes s'occupaient du jardin et des porcs du sculpteur, lequel était aussi nourri quotidiennement. Chaque sculpteur travaillait sur un seul Malagan, le confort matériel étant assuré durant son travail artistique, il avait alors tout le temps qu'il souhaitait pour exprimer son talent. Un Malagan n'est pas une représentation figurative du défunt. Nourri par le sacrifice de porcs et des incantations anciennes, il devient, durant la dernière étape de la cérémonie, le réceptacle temporaire d'une force primordiale liée au défunt et à son clan.
La sculpture Malagan lot 53 est l'archétype des Malagan de la sous-tradition lunet, reconnaissables avec leurs heaumes caractéristiques. On observe cette sous-tradition à Tabar, sur le plateau Lelet et la région centrale de Nouvelle-Irlande. C'est la seule sous-tradition Malagan où est utilisé cet étrange instrument de musique, l'idiophone à friction. Un homme caché dans une petite hutte en forme d'oiseau suspendue dans l'enclos funéraire, frotte ses mains sur les différentes dents de bois, arrachant des sons semblables à des cris d'oiseaux. Ce Malagan est composé d'une figure maruamarua avec un kapkap sur la poitrine. Ses mains aux poignets inversés tiennent des montants, évocations des lances qui permettent de maintenir le défunt lors de sa présentation sur sa chaise mortuaire dans l'enclos funéraire. Un premier oiseau, un drongo (dicrurus megarhynchus) mord le menton de la figure. Par sa position, il joue aussi le rôle d'une lance maintenant la tête droite lors de la présentation du défunt assis. Un deuxième oiseau, de la famille du pigeon, est posé sur un cylindre de séparation au-dessus du heaume. Pour les gens de Tabar cette sculpture serait désignée sous le nom de lunet sirimei. Néanmoins, le passereau drongo étant absent des iles Tabar, ce Malagan est probablement originaire de la partie centrale de Nouvelle-Irlande, avec un nom similaire.
Le Malagan lot 51 est une représentation classique d'une figure féminine, tenant une poitrine distendue avec ses mains inversées, mais nous n'avons pas pu reconnaître la sous-tradition à laquelle elle appartient.
Le type du Malagan lot 46 est identifiable grâce à cette structure symétrique en son milieu, l'oeil de feu matalin de la sous-tradition valik. Les cérémonies valik furent observées à Tabar par Edgar Walden et dans les environs de Hamba par Augustin
Krämer il y a plus de cent ans (voir photo ci-dessous). On dit encore aujourd'hui que les Malagan valik peuvent infliger de la douleur à distance et sont liés aux esprits des morts noyés dont on devine, paraît-il, certaines manifestations dans les arcs-enciel et les tourbillons se déplaçant sur la mer. C'est un Malagan puissamment lié à la sorcellerie.
Les masques Malagan matua ou vanis
Les lourds masques en bois sculptés et peints munis de grandes oreilles sont connus sous le nom de matua ou vanis.
Ils sont aussi des Malagan et leur création a été soumise au même corpus de règles strictes que les statues. Ils ont un rôle important, car leur arrivée marque le début de la dernière étape de la cérémonie funéraire. Ils mènent les porteurs de masques ges au lever du soleil pour nettoyer le village, collecter des monnaies de coquillage et chasser les esprits errants des morts. Ils dansent dans le village tandis que montent les lamentations et les pleurs de la communauté.
Puis, ils lèvent les tabous qui avaient été imposés à la communauté, et ouvrent l'accès à l'enclos funéraire où se dérouleront les dernières phases de la cérémonie.
Ces masques sont alors disposés sur un présentoir à côté de la maison des hommes. Contrairement aux statues Malagan, ces masques pouvaient être utilisés plusieurs fois.
L'extraordinaire dentelle de bois avec un entrelacs d'oiseaux et de poissons volants du masque lot 53 est typique des masques de la sous-tradition verim, très présents à Tabar mais aussi en Nouvelle-Irlande centrale. Le masque lot 66 compte parmi les plus remarquables masques vanis connus, avec une exubérance et créativité extraordinaire.
Il est possible qu'il soit lui aussi lié à la sous-tradition verim.
Des masques de ce type et de cette qualité ont été publiés dès 1895 par Meyer et Parkinson. Ils ont essentiellement été collectés au XIXe siècle.
Les ges, cérémonie Malagan et Kipong
Un ges est une créature humanoïde sombre et mauvaise, vivant au plus profond des forêts, dans des grottes ou les arbres. On peut voir les ges comme une contrepartie duale des humains, des esprits puissants et mauvais vivant dans un monde voisin et décalé avec lesquels ils interagissent parfois lors de rencontres impromptues ou par les rêves.
Les ges sont très présents dans la mythologie du Nord de la Nouvelle-Irlande. Ils sont liés à certaines sous-traditions
Malagan comme kulepmu, verim, valik, mais pas à lunet.
Il existe des sculptures Malagan représentant des ges au sein de ses sous-traditions, mais aussi des masques ges qui accompagnent les masques matua ou vanis au début de la dernière étape d'une cérémonie funéraire Malagan.
Les ges n'apparaissent pas uniquement dans le cadre des rites Malagan qui sont soumis à des droits de «copyright» stricts. Ils sont très présents dans une institution originaire de Lavongai que l'on appelle Kipong. Kipong conte l'histoire d'un cannibale à la peau blanche, de petite taille mais physiquement très puissant, inculte et s'exprimant par des grognements de porc. De nombreuses pantomimes, danses et rituels mettent en scène Kipong et d'autres esprits. Les masques utilisés n'étant pas liés à un système de «copyright» stricts et donc ont pu se transmettre rapidement dans l'île jusqu'à l'aire Barok (connue pour ses statues en pierre, kulap) au nord de Namatanai. La majorité des masques ges a été collecté avant 1900. Un masque comparable au lot 67, collecté sur l'île de Simberi (archipel Tabar) a été publié en 1895. Le masque lot 52 est d'une grande richesse iconographique, la tête du ges étant soutenue par une tête de porc allongée, qui évoque aussi une forme de poisson. Comme pour la majorité des masques de ce type, nous ne sommes pas en mesure de dire si ces masques étaient liés à l'institution Malagan ou Kipong.
La danse des masques Tatanua
Les masques Tatanua (voir lot 65) sont parmi les objets les plus emblématiques de l'art océanien. On les trouve sur l'ensemble de la région nord de la Nouvelle-Irlande. Ils sont toujours caractérisés par un visage sculpté de manière très stylisée avec une large mâchoire, des motifs peints en rouge, jaune et noir, coiffé d'une importante crête de fibres. Cette coiffe évoque sans doute les deuilleurs qui se rasaient les deux côtés de la tête. On en compte une très grande diversité dans les musées et collections privées.
Ils sont importants dans la vie rituelle, venant clôturer le cycle de la cérémonie funéraire
Malagan pour un chef important en levant les derniers tabous. Ces masques sont en général dansés en groupe en une chorégraphie complexe. Le pas est léger, la musique évoque plutôt le chant des oiseaux. Pour finir, les masques Tatanua ne sont pas des Malagan et ils sont dansés aux yeux de tous dans le village. Néanmoins, ils sont une des composantes des cérémonies Malagan importantes, étant dansés juste avant les échanges finaux entre les clans.
Jean-Philippe Beaulieu, CNRS, Université de Tasmanie
Références bibliographiques:
Derlon B., 1997, De Mémoire et d'oubli, Antropologie des objets Malanggan de Nouvelle Irlande, CNRS éditions
Geary C.M., 2006, From the South Seas: Oceanic Art in the Teel Collection, Boston: MFA publications
Gunn M., 1988, Malanggan ritual art on Tabar, New Irland PNG 1982-1984, Northern territory
Museum, Darwin, Australia
Gunn M. & Peltier P., 2007, Nouvelle-Irlande, arts du Pacifique Sud, Musée du Quai Branly, 5 Continents éditions
Krämer A., 1925, Die Malanggan von Tombara, Munich: Georg Mueller
Meyer A.B. Parkinson R., 1895, Schnitzereien und Masken vo Bismarck Archipel und Neu Guinea, Königlichtes Ethnographisches Museum zu Dresden, 10.
Parkinson R., 1907, Thirty years in the South seas, traduction, Sydney University Press.
Remerciements:
L'auteur exprime sa gratitude à Michael Gunn (Melbourne), Marion Melk-Koch (Leipzig), Volker Harmes (Tubingen) et aux habitants des îles Tabar.
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