Témoignage de Monsieur D. proche des collectionneurs. - Lot 0

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Témoignage de Monsieur D. proche des collectionneurs. - Lot 0
Témoignage de Monsieur D. proche des collectionneurs. Toute collection d'œuvre d'art est un mélange d'intérêt artistique, de bonnes affaires, de bon ou moins bon goût. Elle reflète les centres d'intérêts du collectionneur et constitue une carte d'identité partiale, intuitive et sélective, ses raisons et ses déraisons, un savant mélange de calcul et de coups de cœur. Cette collection n'échappe pas à la règle. La collectionnite aigüe n'étant pas une maladie héréditaire ou incurable, les collections privées sont destinées à retourner dans les salles des ventes, et c'est bien ainsi. De celle-ci, je ne dirai pas qu'elle est ordinaire ou extraordinaire, je n'en retracerai pas non plus l'historique, car c'est le parcours de toute une vie et nous évoluons, nos centres d'intérêts changent et parfois s'émoussent. Ce qui compte, c'est le résultat, ce qui est donné à voir et suffit à témoigner pour tout le reste. Je parlerai peu de la collection d'art moderne et contemporaine, car ma formation artistique m'ayant donné un large accès à ce chapitre de l'histoire de l'art, je me concentrerai sur les éléments que cette collection m'a permis de découvrir, et la dette que je lui dois, notamment la découverte l'art populaire, sa richesse et sa variété que l'enseignement des beaux-arts passe sous silence et de quelques artistes, souvent négligés, ceux qu'on souhaite faire découvrir. Concernant l'art moderne, cette collection n'écarte pas les maîtres reconnus, mais s'étend très au-delà sans que la qualité des œuvres en pâtisse. Le groupe Cobra est bien représenté, mais à côté d'Alechinsky ou Jorn, retenons plutôt Jean Raine, dont la fraicheur du coloris et la transparence de la couleur, la fébrilité du geste d'où surgissent quelques figures fantomatiques évadées de quelque délirium évite les mélanges et les empâtements et produit un effet d'aquarelle abstraite. Du côté des matiéristes, retenons Jean Piaubert, dont le style cosmo tellurique tout de retenu et de sobriété évoque dans des tons amortis quelque mandala issu de lointaines galaxies. Citons aussi Jean Lurçat, plus connu comme tapissier, ici représenté par un beau paysage désolé issu de son expérience du front de 14/18 et un ensemble de poteries caractéristiques de ce style épineux où les étoiles ressemblent à des chardons, ainé de Graham Sutherland, lui aussi auteur aussi de paysages dévastés de la Seconde guerre et d'un style épineux où pointe une agressivité contrôlée et sublimée. Evoquons François-Auguste Ravier, qui avec d'autres paysagistes, constitue le régional de l'étape, contemporain de Barbizon, qui, par-dessus l'épaule des impressionnistes, par ses audaces et sa liberté, rejoint le paysagisme abstrait, sorte de petit Turner lyonnais, plus sombre et tourmenté, nettement plus abordable aussi. Citons aussi ce beau Manessier bleuté évoquant un miroitement lacustre. Enfin, Serge Charchoune, une des nombreuses figures issues de l'avant-garde russe, pionnier de l'abstraction, mais une abstraction élégante et racée, éprise d'arabesque et de camaïeux pleins de variations monochromatiques évoquant un univers musical fondé sur de subtiles synesthésies. Il y a un dialogue permanent entre les courants modernes et l'esthétique populaire, naïve, voire enfantine. Cette collection en témoigne. C'est pourquoi une tabatière sculptée par un paysan du Gers ou du Quercy peut sans rougir côtoyer Fautrier ou Alechinsky. Une céramique de Talbot peut évoquer un fétiche africain, la statue d'Alain Kirili l'art des Cyclades, Jean Rustin la folie d'un Francis Bacon en plus retenu et plus méticuleux, plus français aussi. Placez une marqueterie de paille à côté d'une céramique de Picasso et une certaine connivence s'en dégage spontanément, révélant la précarité de nos jugements esthétiques, de nos échelles de valeur, de notre goût. Sur quoi la valeur d'une œuvre est-elle fondée ? Le nom de l'auteur ? La rareté ? L'ancienneté ? L'état de conservation ? L'authenticité ? Le nom est généralement associé à une authenticité présumée. Plus le nom est prestigieux, l'authenticité testée et approuvée, l'œuvre unique plutôt que multiple, plus sa valeur s'accroît. Mais ôtez le nom, livrez l'œuvre à l'anonymat, comme c'est le cas de l'art populaire, et la valeur privée d'appui, décroît. Reste le matériau, l'ancienneté, l'état, la facture qui sont des critères importants, mais secondaires. Nos évaluations ne reposent pas sur le seul regard, mais sur un montage culturel dont le regard n'est qu'un moment d'une expertise. Ce montage est-il juste ? Fondé en droit ? Quel est sa fiabilité ? La plupart du temps, nos montages trahissent des jugements dichotomiques exprimés par des dualités : art savant/art populaire, art civilisé/art primitif, art figuratif/art abstrait, arts majeurs/arts mineurs, grands maîtres/petits maîtres, arts plastiq
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