Une rare noix de prière du XVIe siècle

Vente à l'Hôtel Drouot, le 19 mars 2021 - Sculptures, Dessins, Tableaux anciens, Mobilier – Objets d’Art

Prodigieux ! Tel est le premier adjectif qui vient à l’esprit lorsque l’on prend dans sa paume de main ce rarissime objet de dévotion en buis délicatement sculpté, appelé « noix de prière ». Sa dénomination historique était « pomme de prière » en souvenir du fruit du Paradis et du sacrifice du Christ pour sauver l’humanité de sa désobéissance originelle. Ces sculptures miniatures produites dans les Pays-Bas septentrionaux en pleine expansion économique au tout début du XVIème siècle ont suscité, dès leur création, une admiration proportionnellement inversée à leur échelle minuscule.



Adam DIRCKSZ et son atelier
Comté de Hollande, Pays-Bas septentrionaux, c.1500 -1530
Noix de prière s’ouvrant sur une scène de Nativité

Boule en buis composé de deux demi-sphères à charnières finement sculptées et ajourées s’ouvrant sur une scène centrale assemblée sur un fond,
Montures en forme de fleurs en métal argenté et chaîne avec anneau

Diamètre : 3,5 cm. Objet ouvert L. 7,5 cm

Inscriptions latines en bordures intérieures :
- Autour de la Nativité : « Et tu Bethlee(m) terra luda neq(u)a(quam)
Evangile selon Matthieu, 2.6 :
- En face : « O Domine Jhesu Xriste suscipe spiritvm mevm » : Acte des Apôtres 7/59 : O seigneur Jésus Christ, reçois mon esprit.
Une micro scène sculptée pour l’intérieur manquante

Provenance : Collection privée anversoise

Estimation : 5 000 / 8 000 €

Expertise : Sculpture & Collection

Littérature en rapport :
- Ellis, Lisa and Suda, Sasha (Eds). Small Wonders: Gothic Boxwood Miniatures, catalogue de l’exposition tenue du 5 novembre 2016 au-22 janvier 2017. Toronto, Art Gallery of Ontario, 2017.

Outils de référence :
http://boxwood.ago.ca/object/nativity-adoration-magi
https://www.rijksmuseum.nl/fr/pers/persberichten/small-wonders-sculptures-mdivales-au-millimtre-prs



Les extérieurs des deux sphères réunies par une charnière ont été évidés et ajourés afin de présenter un décor s’inspirant de l’architecture gothique flamboyante : des motifs de remplage formant un réseau de mouchettes et rosaces aux intérieurs trilobés. Les têtes des dômes sont ornées de montures en forme de fleur, et, l’une d’elle est fixée à une chaîne finissant par un anneau afin que la noix soit portée suspendue à la ceinture. Une fois celle-ci ouverte, on découvrait à l’origine deux scènes miniatures encadrées par deux inscriptions latines (avec abréviations). La scène conservée présente une Nativité à six figures assemblées ensemble selon un procédé invisible à l’œil nu : La Vierge et Joseph entourant l’enfant Jésus, accompagnés de l’âne, du bœuf et d’un ange. Elle est entourée d’une inscription extraite de l’Évangile selon Matthieu, 2.6 : Et toi, Bethléem, terre de Juda, Tu n'es certes pas la moindre entre les principales villes de Juda. La scène manquante était illustrée par le texte tiré des Actes des Apôtres 7.59 : O seigneur Jésus Christ, reçois mon esprit.

Ce petit objet extraordinaire appartient à l’Oeuvre d’un atelier que les historiens d’art ont appelés l’atelier d’Adam Dircksz en référence à la seule œuvre signée redécouverte. L’atelier installé dans le Comté de Hollande, comme l’atteste le lieu d’origine étudié des tous premiers acquéreurs connus, s’est spécialisé dans la production de micro-sculptures en buis, des retables miniatures, chapelets et rosaires et - grande nouveauté- des noix de prière pendant une très courte période courant de 1500 à 1530.

Bien que de tailles et de formes assez uniformes, toutes les noix de prières sont originales. Elles présentent des décors extérieurs uniques, en motifs d’entrelacs ajourés inspirés de l’architecture gothique, la délicatesse de pièces d’orfèvrerie et des scènes bibliques aussi riches et détaillées qu’une enluminure. Cependant certains modèles iconographiques et certaines inscriptions sont repris d’une œuvre à l’autre : on peut ainsi rapprocher notre petite scène de Nativité à celle de la noix de prière conservée à Madrid (The Thyssen-Bornemisza, inv n°K79A). Les personnages principaux, très analogues aux nôtres, sont cependant intégrés dans une scène plus élaborée, entourée de la même inscription : Et tu Bethlee(m) terra luda neq(u)a(quam) minima es i(n) principib(us) luda ». Il semble que cet extrait de l’Évangile de saint Matthieu soit l’un des textes communément choisis par l’atelier pour accompagner les scènes de Nativité comme on peut le voir sur d’autres œuvres 

Ces inscriptions latines servent de légendes aux scènes avec lesquelles elles interagissent comme aide- mémoire, pour une expérience dévotionnelle complète. Si texte et image sont associés de manière codifiée, il est alors peut-être possible d’identifier le sujet de la scène manquante qui était encadrée de l’inscription issue de l’Actes des Apôtres encore visible : O Domine Jesu Christe suscipe spiritum meum.

Cette légende écrite avec de nombreuses abréviations décore en effet une autre noix de prière conservée au Metropolitan Museum of Art (répertoriée N°8 du catalogue, n°inv 17.190.458a, b). Elle borde là une scène de Lamentation du Christ qui fait face à une Vierge à l’enfant accompagnée d’une commanditaire. Cette supposition d’une combinaison scène de Nativité /scène de Déploration pour décorer notre œuvre répond à la fonction même de notre objet. Il remplace ou complète le rosaire. Sous forme de chapelet cet usage dévotionnel qui se diffuse largement à la fin du Moyen Age consiste en la récitation de prières adressées à la Vierge Marie. D’un point de vue visuel, cette coutume des images se référant à la Vie de la Vierge et à la Vie du Christ.

La grande inventivité et la haute technicité de cet atelier font parfaitement écho aux autres innovations techniques et artistiques développées dans les anciens Pays-Bas bourguignons qui ont contribué à soutenir les nouvelles aspirations religieuses des élites, plus personnelles et plus individualisées (ouvrages imprimés, gravures, peintures à l’huile).

Avec ses noix de chapelets et ses autres micro-sculptures, l’atelier d’Adam Dircksz a su créer en exclusivité des objets rares et prisés car ils ne répondaient pas tant aux attentes dévotionnelles quotidiennes des élites, qu’à leurs fortes demandes d’objets de luxe, véritables « marqueurs sociaux » symbolisant pouvoir, puissance et bon goût.

L’enthousiasme sans bornes des commanditaires de l’époque puis des générations successives de collectionneurs -et notamment aux XIXème et XXème siècles, des collectionneurs d’art médiéval européens et américains les plus réputés- repose autant sur la richesse de la narration de ces mini- scènes religieuses, que sur la complexité extraordinaire de la conception de cette production sans précédent et sans successeur.

Lors de la vaste étude menée dans les années 2010 et à l’occasion de la première exposition tenue au Rikjsmuseum à Amsterdam en 2017 rassemblant une majorité des œuvres connues, cent-trente-cinq œuvres produites par l’atelier d’Adam Dircksz ont été recensées. Parmi elles, soixante-cinq noix de prières. C’est pour dire l’importance de la découverte de cette œuvre de dévotion et de collection dont la rareté se perpétue de nos jours.


Sélection de lots de la vente :
Cette vente aux enchères publique « Sculptures, Dessins, Tableaux anciens, Mobilier – Objets d’Art » réserve, le 19 mars 2021 à Drouot, d’autres œuvres rares parmi lesquelles une peinture de Pietro degli Ingannati, une œuvre sur papier de François Boucher ou encore une pendule à l’éléphant.

Une Sainte conversation de Pietro degli Ingannati (1529 - 1550)

Pietro DEGLI INGANNATI (documenté à Venise de 1529 à 1550 environ)
Sainte conversation, la Vierge à l'Enfant entre saint Jean-Baptiste et saint Joseph
Peinture à l'huile sur panneau de bois parqueté, inscrit sur le bord du parapet "Johannes BELLINUS" H. 127,5 cm - L. 97,5 cm avec cadre moderne
H. 110 cm - L. 78 cm panneau seul ET
Estimations : 40 000 / 60 000 €


La Sainte conversation de Pietro degli Ingannati sera présentée aux enchères avec une estimation de 40 000 / 60 000 €. Artiste sans doute originaire de Vénétie, Pietro degli Ingannati est considéré comme l'un des proches suiveurs de Giovanni Bellini aux côtés de Francesco Bissolo dont il fut sans doute l'élève. La composition des personnages à mi-corps en triptyque sur fond de paysage dérive des modèles de Bellini créés aux alentours de 1490. Ingannati y associe ici une grande draperie tendue derrière la Vierge, disposition également reprise de Bellini (Madone Morelli, Bergame, Accademia Carrara n° 958). Si le groupe virginal - dont l'Enfant, qui tient en main un petit chardonneret symbole de la Passion - demeure encore ici très proche de Bellini, la figuredesaintJoseph,vieillardàlabarbeetlachevelurechenues drapéd'unvêtement à large encolure se retrouve dans l'une des dernières créations d'Ingannati : la Sainte Conversation de l'ancienne collection Sellar à Londres signée et datée 1548 (Caccialupi op. cit. p. 31, fig. 25). Cependant ici les accents belliniens prononcés, la qualité de l'exécution et le traitement raffiné du paysage et de son éclairage typique de cet artiste rappellent les œuvres de la maturité du peintre (cf. Madone de Saint Soupplets, op. cit. p.34, fig. 11) et militent pour une datation plus précoce de ce panneau, peut-être vers le début de la quatrième décennie du XVIe siècle.


Un lavis de François Boucher (1703-1770)

François BOUCHER (1703-1770)
Scène pastorale : une femme tenant un seau
Lavis brun sur traits de crayon noir
H. 25,4 cm L. 16,3 cm DB
Montage Glomy, son cachet en bas à droite sur le montage (L.1119)
Estimation : 2 000 / 3 000 €
Authenticité de ce dessin confirmée par monsieur Alastair Laing


Estimé 2 000 / 3 000 €, un lavis de François Boucher représente une scène pastorale : une femme tenant un seau.



Une spectaculaire pendule à l'éléphant du XVIIIe siècle
Une Pendule " à l'éléphant " en bronze doré et bronze relaqué noir se fera aussi remarquer des amateurs. Estimée 25 000 / 30 000 €, elle présente un mouvement surmonté d'un singe à l'ombrelle. Le cadran en émail et la platine sont signés J Baptiste Baillon. Elle est numérotée 1581.

Pendule " à l'éléphant " en bronze doré et bronze relaqué noir. Mouvement surmonté d'un singe à l'ombrelle. Base rocaille ornée de fleurs. Cadran émail signé J Baptiste Baillon. Platine signée J B Baillon à Paris et numérotée 1581. Suspension à fil.
Epoque Louis XV
H. 44 cm L. 34 cm JBHL
Estimation : 25 000 / 30 000 €


D'abord valet de chambre-horloger de la Reine en 1727, puis premier valet et enfin horloger ordinaire de la Dauphine, Jean Baptiste Baillon fut le fournisseur de la Couronne et de la Famille royale espagnole. Il possédait, fait unique, un important atelier à Saint Germain qui numérotait sa production afin de mieux la contrôler, ce qui assura la réputation de grande qualité de ses œuvres. En 1772, lors de l'estimation de son stock, le dernier n° de pendule était 3808, ce qui permet de situer cette pendule (n°1581) au milieu de sa période d'activité.
Les pendules à l'éléphant, inspirées des porcelaines chinoises, connurent une grande vogue dans le second tiers du XVIIIe siècle. Les meilleurs horlogers, sous l'impulsion des marchands merciers, utilisèrent des "boetes éléphantes" pour contenir leurs mouvements. On distingue deux principaux types de pendules à l'éléphant : celles, en général surmontée d'un putto, avec la tête de l'éléphant droite, trompe levée, dont la base est ornée de rinceaux, qui sont l'œuvre du bronzier Saint Germain et celles, surmontées d'un singe à l'ombrelle, avec la tête de l'éléphant se retournant vers le cadran dont la base naturaliste est décorée de fleurs, utilisées principalement par l'horloger Baillon.



La Dormition de la Vierge
Un exceptionnel élément de retable germanique du début du XVIe siècle

Souabe ou Rhin Supérieur, premier quart du XVIe siècle
La Dormition de la Vierge
Élément de retable figurant la Vierge et dix apôtres
Bois de tilleul polychromé
Accidents et restaurations
Dimensions : H. 70 cm ; L. 91 cm ; Pr. 32 cm.
Provenance : ancienne collection Louis Loucheur (1872-1931) ; par descendance.
Estimation : 50 000 / 80 000 €
Expertise : Cabinet Sculpture & collection



Informations & renseignements : paris@debaecque.fr

SCULPTURES - DESSINS & TABLEAUX - MOBILIER & OBJETS D'ART
Vendredi 19 mars 2021 - 14h - Paris
Salle 1 - Drouot

Pré-exposition au 10 rue Rossini (Paris, 9e) :
Samedi 13 mars
Lundi 15 mars

Exposition à Drouot :
Mercredi 17 mars de 11h à 18 h
Jeudi 18 mars 2021 de 11 h à 18 h

Experts :
Sculpture : Lacroix - Jeannest
Dessin : Cabinet de Bayser
Peinture : Cabinet Turquin
Mobilier et Objets d’Art : Jacques Bacot et Hugues de Lencquesaing